Fatiguée. Je rode dans cette ville que je connais tant, à présent. En vérité ça fait plus d'un an que j'y suis installée. Je connais tous les recoins, les allées sombres, que j'emprunte tous les soirs, lorsqu'il fait bien nuit, et tellement froid. Le froid entre dans ma gorge, pétrifie tous mes membres, et m'ouvre la peau. Je cours, parfois, quand j'ai trop peur de toutes ces ombres et de tous ces sons qui me suivent, un peu trop. A force je ne sens plus le froid, tant j'ai froid. Et donc je n'ai plus froid. Je passe ces escaliers, près de la route dangereuse où tous les automobilistes me dévisagent, leurs visages restant invisibles à cause de leurs phares trop brillants. Il y a des tags, bizzarr, et des gens, cagoulés. Je passe précipitamment. Cette allée, putain, cette allée. Je vais vers la balustrade, et ferme les yeux, essaye de me souvenir. Impossible. En fermant les yeux, parfois c'est possible. Mais pas toujours. Alors je reste immobile, cherchant ton corps mais tu n'es plus là. Je plisse les yeux et regarde un peu partout, comme si j'espèrais te revoir, en négatif, ou en infra-rouge. Je sens tes particules flotter dans l'air, le souvenir que tu as laissé, tes traces de pas, tes rires et ta voix, la fumée sortant de ta bouche, tout ça quoi... ''Je te ressens''